Il est des images que l’on aurait voulu capturer soi-même. Des photos prises pour l’éternité, qui rappellent l’importance cruciale du photographe et la puissance du message qu’il peut transmettre en un seul clic.
C’est le cas de ce cliché publié par le Royal Castors Braine lors de la demi-finale de Coupe de Belgique face à Kangoeroes Mechelen. Une image lourde de sens.
L’absence et le regard à distance
Ce jour-là, les éléments étaient contre moi. Bloqué par les conditions climatiques, il m’a été impossible de rejoindre la salle Gaston Reiff pour couvrir l’événement. C’est une parenthèse qui fera d’ailleurs l’objet d’un prochain article sur VLV : la présence – ou l’absence – des photographes lors de ces grands rendez-vous. Car ce jour-là, aucun professionnel n’était présent.
C’est donc un bénévole du club qui a figé cet instant, et je tiens à lui adresser un immense merci. Car sans lui, cette « vision » n’existerait pas.
Contraint de suivre la retransmission sur mon écran, j’ai vécu une expérience paradoxale. Moi qui vis le match à travers mon viseur, ratant souvent la globalité du jeu pour me concentrer sur l’émotion d’un visage, j’ai découvert des phases tactiques que je ne vois jamais du bord du terrain. Il est parfois bon de déposer son appareil.
L’œil du photographe : le premier recruteur ?
Cette expérience m’a conforté dans une idée : la lecture du jeu d’un photographe est singulière. À travers notre objectif, nous analysons les attitudes, les regards, le langage corporel, un peu comme on revoit un entraînement à la vidéo.
Sans prétention, et sans avoir besoin des statistiques, je peux souvent vous désigner à 90% la ou les joueuses du match. Nous voyons celles qui travaillent dans l’ombre, loin des chiffres bruts. Et c’est précisément de cette ombre que parle cette photo.
De l’ombre à la lumière : le cycle de la transmission
Regardez attentivement ces filles de l’équipe U19 (qualifiées d’ailleurs pour leur demi-finale de Coupe AWBB le 01/02/2026). Il y a quelque chose de fantastique dans leur attitude.
Cette photo capture « l’ombre ». Non pas une obscurité, mais l’ombre bienveillante qui suit la lumière des projecteurs braqués sur l’équipe première. Ces jeunes joueuses ont toutes ce même regard, encore sous le charme de leurs aînées de D1. Elles sont le reflet de la réalité, pas encore soumises au stress du professionnalisme et à son niveau d’exigence parfois impitoyable.
Elles incarnent la beauté de la vision de demain. Avec la création de la TDW2, ce niveau sera encore plus valorisé.
Ce cliché raconte l’histoire d’un cycle éternel. Aujourd’hui, elles observent depuis l’ombre. Demain, elles seront dans la lumière, sur le parquet. Et à leur tour, elles deviendront cette lumière qui projettera une ombre dans laquelle grandira une nouvelle génération de U19.
C’est tout cela que cette photo exprime pour moi. C’est ça, la VanLooVision : regarder le présent pour y déceler le basket du futur.
L’Anecdote VLV : Le « Making-of » de l’instant
J’ai vécu ce moment à distance, mon « appareil mental » à la main. Devant mon écran, en regardant le live, j’ai vu ces jeunes U19 arriver sur le parquet. Mon réflexe de photographe a hurlé intérieurement : « Il faut les prendre en photo, maintenant ! »
Elles se sont regroupées, prêtes, regardant vers le public… et puis plus rien. Un flottement. Personne pour appuyer sur le déclencheur.
C’est là que la magie des « petites mains » a opéré. J’ai vu une dame de la maintenance courir vers le préposé au balayage du terrain (celui qui intervient quand une joueuse tombe). Elle lui a demandé de prendre la photo, tout en dirigeant les filles avec un sang-froid remarquable. Elle leur a fait changer de sens pour avoir le public en arrière-plan. Une décision très pro, prise dans l’urgence, alors que le stress du match de D1 montait et que les coaches donnaient leurs dernières consignes.
Si j’avais été là ? J’aurais sans doute zoomé au maximum, isolé les visages, flouté le fond pour sublimer les joueuses… Mais le hasard fait bien les choses. Cette photo, prise au smartphone, est large. Elle englobe le public, la salle, l’ambiance.
Parfois, l’imperfection technique d’un grand angle raconte mieux l’histoire que le plus beau des téléobjectifs. Bravo à ce duo improvisé pour avoir sauvé ce souvenir.
